Dien Bien Phu

Le 6e para saute deux fois sur Dien Bien Phu : le 20 novembre 1953, sur la "Drop Zone" "Natacha" lors de l'opération Castor pour l'investissement de la "cuvette", et le 16 mars 1954 en pleine bataille de Dien Bien Phu.

L'opération Castor

En octobre 1953, le général Giap décide d'abandonner son intention de conquérir le delta du Tonkin et demande à la division 316 de quitter la région d'Hoa Binh pour rejoindre la haute région. Celle-ci doit remonter la RP 41 vers Son La, éliminer les maquis locaux Colibri et Calamar et attaquer la base aéro-terrestre de Lai Chau située au nord du Tonkin. L'objectif ultime étant la conquête du Nord-Laos à partir de Dien Bien Phu.

Informé des déplacement de la division 316, le général Navarre, commandant en chef des forces françaises en Indochine, comprend rapidement l'intention de Giap2. Devant la nécessité de défendre le Laos (traité du 28 octobre 1953) et sachant Lai Chau indéfendable de par sa situation, il décide de prendre de vitesse la division Viet Minh 316 et d'investir la plaine de Dien Bien Phu. Du même coup il coupe la route du Laos et permet le repli de la garnison de Lai Chau sur le camp retranché.

La bataille de Dien Bien Phu
Pour le 6 la bataille commence le 16 mars

Ayant subi des pertes importantes au cours de ces deux premières attaques, le général Giap est contraint d'observer une pause, pour réorganiser ses unités durement éprouvées et reconstituer ses stocks de munitions. Parallèlement, le Haut-Commandement français décide aussi l'envoi de renforts et le 6e BPC est parachuté dans l'après-midi du 16 mars. Le retour à DBP du « bataillon Bigeard » contribue à remonter le moral de la garnison, choquée par la tournure prise par les évènements.

Après une phase d'assaut frontal, très coûteuse en vies humaines, Giap opte pour une tactique de harcèlement du camp retranché. Les artilleurs du Viêt Minh s'appliquent à bombarder tous les points importants du camp retranché, en particulier la piste d'atterrissage qui devient rapidement inutilisable de jour et bientôt aussi de nuit. Le dernier avion décolle de DBP le 27 mars. Dès lors, le cordon ombilical qui reliait le camp à Hanoï est coupé, réduisant d'autant les possibilités de ravitaillement et, surtout, rendant impossible l'évacuation des blessés. L'avion qui la transportait ayant été endommagé, puis détruit, par l'artillerie viêt minh, après s'être posé pour tenter d'évacuer des blessés, la convoyeuse de l'Air Geneviève de Galard se retrouve bloquée dans le camp retranché, où elle passera le reste de la bataille, à travailler comme infirmière à l'antenne chirurgicale du Médecin-Commandant Grauwin. Elle deviendra célèbre sous le sobriquet d'« ange de Dien Bien Phu » (Dien Bien Phu angel) qui lui sera donné par la presse anglo-saxonne.

Des opérations sont montées tous les jours pour assurer la liaison terrestre avec le point d'appui Isabelle, situé au Sud du centre de résistance principal. Au fil du temps, ces opérations d'"ouverture de route" deviennent de plus en plus lourdes et dangereuses, et le 23 mars, au cours de l'une d'elles, le 1er BEP perd 9 hommes, dont 3 officiers (les lieutenants Lecocq, Raynaud et Bertrand) et plus de 20 blessés, dans une embuscade tendue par des éléments du Vietminh infiltrés. Devant les pertes subies, les liaisons quotidiennes avec Isabelle sont finalement abandonnées : ce point d'appui, commandé par le lieutenant-colonel Lalande, combattra jusqu'à la fin de la bataille de façon autonome.

Seconde vague d'attaques du 30 mars au 4 avril (la ‘bataille des cinq collines’)

Le 28 mars, le 6e BPC, appuyé par le 8e BPC lance une contre-attaque vers l'ouest du camp retranché avec pour objectif de détruire les pièces de DCA du Viêt Minh qui gênent de plus en plus le ravitaillement par air. L'opération est un demi-succès : à part des quantités importantes d'armement léger, elle n'a permis de capturer ou de détruire que peu d'armes lourdes (canons de DCA de 37 mm) et se solde par des pertes importantes. Le 6e BPC enregistre en particulier 17 tués, dont deux officiers (les lieutenants Le Vigouroux et Jacobs) et quatre sous-officiers. La 4e compagnie n'a plus d'officiers, puisqu'outre le Lt Jacobs, l'officier adjoint, tué au cours de l'action, son chef, le Lieutenant De Wilde, est grièvement blessé. Seconde vague d'attaques du 30 mars au 4 avril (la ‘bataille des cinq collines’)

Giap avait fixé comme objectif les collines formant la défense Nord-Est et Est du Centre de Résistance principal. Dans la nuit du 30 mars, après une nouvelle très forte préparation d'artillerie, tous les points d'appui tombent rapidement aux mains du Viet-Minh, à l'exception d' Éliane 2 (surnommée 'la cinquième colline’) et d' Éliane 4, qui n'était pas directement en première ligne. La faible résistance opposée aux assaillants par le III/3e RTA sur Dominique 2 et par la compagnie du I/4e RTM tenant Éliane 1 sera d'ailleurs à l'origine d'une autre polémique, lancée elle aussi par l'impétueux lieutenant-colonel Langlais, mettant clairement en cause la valeur des troupes Nord Africaines à DBP. S'ajoutant à cela le fait que certains soldats de ces unités, démoralisés, déserteront et iront se réfugier sur les bords de la Nam Youm en refusant de livrer combat jusqu'à la fin de la bataille, le cours des événements finira par donner naissance au mythe selon lequel “seuls les paras et la Légion se sont battus à DBP”.

Sur Éliane 2, le Viet-Minh se heurte à la farouche résistance des autres compagnies du I/4e RTM, renforcées toute la nuit du 30 au 31 mars par différentes unités prélevées sur les autres bataillons et très efficacement soutenues par l'artillerie d'Isabelle. Au matin du 31 mars, Éliane 2, jonchée de dizaines de cadavres, tient toujours.

Le 31 mars, le Commandement français décide de lancer une contre-attaque pour reprendre les positions perdues : le 8e BPC reprend Dominique 2 (la colline la plus élevée du camp retranché) et le 6e BPC reprend Éliane 1. Toutefois, faute de troupes fraîches pour relever ces deux unités durement éprouvées (le parachutage du II/1er RCP a été annulé au dernier moment), les positions reprises doivent être de nouveau abandonnées.

Giap poursuivra ses attaques sur Éliane 2 jusqu'au 4 avril, subissant de très fortes pertes, jusqu'à renoncer finalement à prendre ce point d'appui. Cet échec provoquera une grave crise du moral au sein des unités viet-minh, dont beaucoup des cadres, jugés incompétents ou trop timorés, seront éliminés. Le ‘grignotage’ des positions françaises durant le mois d'avril

Le ‘grignotage’ des positions françaises durant le mois d'avril

Les actions d’encerclement et d’étouffement se poursuivent durant tout le mois d'avril, aussi bien sur les PA Huguette, à l’Ouest de la piste d’aviation, que sur les collines de l'Est. Le centre des positions françaises fin mars 1954. Le secteur Éliane connut les plus violents combats de toute la bataille.

Les tentatives de colonnes de secours au sol échouent. Les avions venant de Hanoï (des bombardiers Douglas A-26 Invader, des chasseurs Grumman F8F Bearcat de l'armée de l'air et de la 11F de l'aéronavale alors équipée de Grumman F6F Hellcat , des transporteurs (largueurs de napalm) Fairchild C-119 Flying Boxcar (surnommés Packet), sont gênés de surcroît par une météo capricieuse (mousson). Ils peuvent difficilement identifier les emplacements de tir. Ils larguent les bombes et le napalm quasiment au hasard, guidés seulement par radio. Les A-26 et les chasseurs font aussi des passages au-dessus des crêtes pour tirer avec leurs mitrailleuses de 12,7 mm et leur roquettes.

Un écran nuageux, quasi permanent en période de mousson, rend l'accès et l'action aériens difficiles, à vue (les radars de vol existaient peu ou presque pas). Dans ce contexte, les missions d'attaque des avions français sont dangereuses du fait du terrain, du climat et surtout de la DCA. Ces avions doivent faire plus de 600 km avant d'arriver sur zone : ils sont alors à la limite de leur réserve de carburant et ont par conséquent très peu de temps pour leur mission de combat. D'ailleurs, les assauts viêt minh ont essentiellement lieu de nuit, lorsque l'aviation française est moins efficace.

Les Français disposent de 10 chars légers M24 Chaffee armés de canons de 75 mm, relativement inadaptés à une guerre de siège, souvent utilisés pour soutenir l'infanterie lors de contre-attaques. Certains sont finalement sabotés par leur équipage, sur avarie ou pour éviter leur capture par l'ennemi. La garnison ne peut compter que sur des contre-attaques de parachutistes à pied, leur mission est de s'emparer des positions adverses et des canons, armés de lance-flammes. Mais ces contre-attaques ne peuvent dépasser la ligne des sommets et sont limitées dans le temps par l’impossibilité de les ravitailler et de les soutenir d’un appui–feu. Lorsqu'un point d'appui est atteint, les soldats se trouvent parfois à court de munitions. C'est donc une mêlée à l'arme blanche et à la grenade qui les attend.

Dans cette bataille, dans l'incapacité de se reposer ni d'être relevés, les Français font preuve d'une combativité et d'une résistance exceptionnelles. Il y a de nombreux cas de morts d'épuisement. On entend des hommes se battre en chantant La Marseillaise au cours des combats. Lorsqu'on sollicite les blessés pour retourner au combat - faute de combattants valides -, il y a encore des volontaires. La nuit, les explosions, les balles traçantes et les fusées éclairent le champ de bataille comme en plein jour. Les canons français tirent tellement qu'ils sont chauffés au rouge. Parmi les actes les plus notables, citons le combat de dix soldats du 6e BPC qui résistent sans soutien aux assauts Viêt Minh pendant huit jours. Au moment de déposer les armes, ils tiennent toujours leur position. Il y eut deux survivants, les brigadiers Coudurier et Logier12.

Concernant la logistique, l'aviation française a du mal à faire face à l'ampleur de la tâche et doit recourir à des avions Fairchild-Packet C-119 (“Flying Boxcar”) fournis par l'US Air Force (en vertu d'accords d'assistance militaire), pilotés par des équipages militaires français et aussi par des équipages de mercenaires américains du CAT (Civil Air Transport) du général Claire Chennault. Le CAT (qui deviendra plus tard Air America) est en fait la Flying Tigers Line, une compagnie aérienne proche de la CIA et dirigée par Chennault, l'ancien "boss" des Tigres volants. Plusieurs C-119 seront touchés par la DCA au-dessus de DBP et c'est là que les Américains connaîtront leurs premières pertes dans la péninsule indochinoise, avec la mort des deux pilotes (James McGovern et Wallace Bufford) d'un équipage mixte franco-américain, alors qu'ils essayaient de poser leur C-119 en catastrophe, après avoir été touchés par la DCA lors de leur opération de largage 13,14. Ainsi, les USA n'interviendront jamais directement dans le conflit, pour ne pas provoquer l'intervention directe de la Chine et une escalade du conflit, se contentant de fournir une logistique aérienne et des mercenaires aux Français. Détachement de M24 en action à Diên Biên Phu.

Le général Giap donne son analyse des combats : les militaires français, "selon leur logique formelle, avaient raison". "Nous étions si loin de nos bases, à 500 kilomètres, 600 kilomètres. Ils étaient persuadés, forts de l’expérience des batailles précédentes, que nous ne pouvions pas ravitailler une armée sur un champ de bataille au-delà de 100 kilomètres et seulement pendant 20 jours. Or, nous avons ouvert des pistes, mobilisé 260 000 porteurs - nos pieds sont en fer, disaient-ils -, des milliers utilisant des vélos fabriqués à Saint-Étienne que nous avions bricolés pour pouvoir porter des charges de 250 kg. Pour l’état-major français, il était impossible que nous puissions hisser de l’artillerie sur les hauteurs dominant la cuvette de Diên Biên Phu et tirer à vue. Or, nous avons démonté les canons pour les transporter pièce par pièce dans des caches creusées à flanc de montagne et à l’insu de l’ennemi. Navarre avait relevé que nous n’avions jamais combattu en plein jour et en rase campagne. Il avait raison. Mais nous avons creusé 45 km de tranchées et 450 km de sapes de communications qui, jour après jour, ont grignoté les mamelons."15

En manque de troupes, les Français organisent des recrutements de volontaires à Hanoï pour les parachuter sur Diên Biên Phu. Alors que tout le monde sait la situation désespérée et la chute du camp imminente, des centaines de personnes répondent "présent" à l'appel, certaines n'ayant jamais sauté en parachute de leur vie. Leur motivation est d'aller se battre "pour aider les copains", "pour l'honneur"16. Dans la fureur des combats, et la confusion, certains largages atterrissent chez l'ennemi.

Les défenseurs du camp ont jusqu'au bout espéré une intervention massive de l'aviation américaine, qui n'est jamais venue. Début mai 1954, les Viêts utilisent massivement des lance-roquettes multiples Katioucha (ou "orgues de Staline") sur la garnison, dont les effets sont dévastateurs.

L'assaut final à partir du 1er mai et la chute

La surface du camp ayant considérablement diminué au cours du mois d'avril, une part de plus en plus importante du ravitaillement parachuté tombe au-delà des lignes, chez l’ennemi. Du côté français, le manque de munitions devient très préoccupant, en particulier pour l'artillerie, et la situation sanitaire tourne à la catastrophe, avec des centaines de blessés entassés dans les différents postes de secours. L'assaut final est lancé le 1er mai au soir, précédé d'une préparation d’artillerie extrêmment intense qui dure trois heures. Les divisions 312 et 316 attaquent la face est du camp retranché, la 308 la face ouest. L’artillerie et l'infanterie françaises n’ont plus les moyens ni les effectifs suffisants pour faire face à cet assaut massif et généralisé. Éliane 1, tombe dans la nuit du 1er et seuls quelques éléments du II/1er RCP, l'unité qui tenait la position, parviennent à s'en échapper vivants. Dominique 3 et Huguette 5 tombent à leur tour dans la nuit du 2.

Le Commandement des forces françaises en Indochine décide alors de lancer dans la bataille un dernier bataillon parachutiste en renfort. Le 1er BPC du commandant de Bazin de Bezons est parachuté de façon fractionnée au début du mois de mai : la 2e compagnie du lieutenant Edme saute dans la nuit du 2 au 3 mai, la 3e du capitaine Pouget dans la nuit du 3 et une partie de la 4e compagnie du capitaine Tréhiou dans la nuit du 4. Le reliquat des trois premières compagnies ayant déjà sauté, soit 91 hommes, est largué dans la nuit du 5 mai. Ce seront les derniers renforts parachutés sur le camp retranché. Le largage de la 1re compagnie du lieutenant Faussurier, prévu dans la nuit du 6, est annulé, alors que les avions sont déjà au dessus du camp, l'état-major de Diên Biên Phu ayant préféré donner la priorité à une mission de largage de fusées éclairantes ‘lucioles’, pour soutenir les combattants au sol qui se battent partout au corps-à-corps.

Huguette 4 tombe dans la nuit du 4 mai. Éliane 2 résiste toujours, mais dans la nuit du 6 mai, une charge de deux tonnes de TNT, placée dans une sape creusée sous la colline fait sauter Éliane 2 tenue par la compagnie du capitaine Pouget. Le matin du 7 mai, Éliane 10, Éliane 4 et Éliane 3 sont conquis par les Viêt Minh qui tiennent désormais tous les points d'appui sur la rive est de la Nam Youm.

Après avoir abandonné l'idée de percer les lignes viets pour sortir du camp, faute d'effectifs suffisants pour avoir une quelconque chance de réussite, le général de Castries reçoit l'ordre de cesser le feu, au cours d'une dernière conversation radio qu'il a avec son supérieur, le général Cogny, basé à Hanoï. L'ordre est transmis aux troupes de détruire tout le matériel et l'armement encore en état. Pour l'anecdote, le lieutenant-colonel Bigeard17, doit envoyer un mot griffonné sur une feuille de papier au lieutenant Allaire, commandant la section de mortiers du 6e BPC, qui refuse de cesser le combat, sans un ordre écrit18.

Il appartenait à la division 308 du général Vuong Thua Vu, division d'infanterie qui avait été de toutes les batailles en haute et moyenne région, des « désastres » de Cao Bang et Lang Son en 1950 jusqu'à celui de Diên Biên Phu, de donner le coup de grâce. Constatant l'absence de réaction des Français lors des préparatifs de la nouvelle attaque prévue pour la nuit, les Viets investissent l'ensemble du camp retranché. Après 57 jours et 57 nuits de combat quasi ininterrompus, le camp retranché de Dien Bien Phu tombe, le 7 mai 1954 à 17h30. Cette même division 308 sera également la première unité Vietminh à entrer dans Hanoï le 9 octobre 1954.

Source Wikipédia

Actualités

Les 70 ans du "6"

Le samedi 19 mai 2018, nous avons fêté les 70 ans de la création du 6ème R.P.I.Ma et malheureusement les 20 ans de sa dissolution et espérons que tel le phénix il va cette année renaître de ses cendres.

en savoir plus
Tempête sous un béret — au fait, de quelle couleur, le béret ?

À peine finies les célébrations de la Saint-Michel, j’apprends, par plusieurs canaux, que les adhérents de QOG vont être appelés à se prononcer sur des projets de partage, de chambre à part ou de divorce. Comment en est-on arrivé là ? Il est clair que quelque chose à « foiré » dans la gestion des institutions et des hommes, tant dans l’amicale que dans le régiment.

en savoir plus
Saint-Michel 2018

Résumé de la Saint-Michel 2018, texte écrit par Jacques BOISSAVY, accompagné de quelques photos.

en savoir plus