Les 6 successifs

 
En 1948, les parachutistes coloniaux venaient d’être créés depuis quelques mois à peine : en Indochine combattaient les 1er et 2e BCCP constitués à partir de la Demi-brigade SAS et du 5e BPIC tandis qu’en Bretagne, la 1re Demi-brigade coloniale de commandos parachutistes mettait sur pied et instruisait les bataillons qu’elle envoyait en Extrême-Orient une fois leur formation achevée. Constitué à Saint-Brieuc en janvier, le premier d’entre eux prend donc le numéro 3 ; il est suivi du 5e dont une compagnie détachée en AOF forme le noyau du 4e.

insigne du 6e RPIMa

 

Mao Khé après les combats, 31 mars 1950

Tu Lé, départ de la 12e compagnie, 20 octobre 1952

 
Le 6e BCCP est créé à Quimper le 16 mai 1948 sous les ordres du chef de bataillon Vernières. Ceux qui servent dans ses rangs sont de jeunes engagés métropolitains d’origine majoritairement citadine dont les cadres ont combattu dans la Résistance, les troupes coloniales, les SAS de la France libre, la 2e DB ou bien d’autres unités, y compris le Commando Kieffer pour le lieutenant Senée… Brièvement engagé en maintien de l’ordre à Bruay-en-Artois, le 6 embarque sur le Lion le 28 juin 1949 et débarque à Saïgon un mois plus tard fort de 40 officiers, 73 sous-officiers et 511 parachutistes. Pendant plusieurs mois, les commandos opèrent séparément en Centre-Annam puis les opérations d’envergure, aéroportées et amphibies, commencent enfin en 1950 et avec elles les accrochages les plus sérieux comme Pho Trach, My Trach, Chap Lé. Le 1er octobre, le 6 devient le 6e GCCP ; un mois plus tard, il intègre les 262 parachutistes autochtones du 6e GCIP puis change encore d’appellation pour devenir le 6e BPC le 1er mars 1951. Aux ordres du capitaine Balbin, il part au Tonkin ou il mène des combats de plus en plus durs, jusqu’à Mao Khé où, dans la nuit du 30 mars 1951 il repousse victorieusement l’assaut de la division 308 au prix de 51 tués et 97 blessés. Le 6 poursuit les opérations au Tonkin jusqu’en juillet et quitte Hanoï pour rentrer en France le 20 août 1951. Il rentre avec deux citations à l’ordre de l’armée, gagnées en Annam et à Mao Khé, et la fourragère aux couleurs de la croix de guerre des TOE mais sur un total de 968 hommes, il a perdu 5 officiers, 11 sous-officiers et 101 parachutistes dont 44 Indochinois.

Lang Son, 17 juillet 1953, OAP Hirondelle, saut sur le remblai de l’ancienne voie ferrée du Yunnan ; au premier plan le médecin-lieutenant Rivier, devant lui, de dos, casque sur la tête, le sergent Ménage.

 
Le deuxième 6 est le plus connu, c’est celui de Bigeard qui impose son style dès la formation à Saint-Brieuc le 1er novembre 1951. À ses commandants de compagnie, il avait donné pour seules directives : « Je veux que vos hommes soient en pleine forme physique, soient tous des tireurs d’élite et vous obéissent au doigt et à l’œil. Le reste, c’est votre affaire », comme le rappelait le général Le Boudec. Lorsque le 6 arrive à Haiphong le 28 juillet 1952 après trois semaines de voyage sur le Skaugoun, la guerre d’Indochine a changé et l’ennemi, grâce à l’aide massive de la Chine, s’est considérablement renforcé. Au cours des premiers mois, le 6, complété par deux CIP, se rode : marche commando chaque matin derrière son chef, tir, saut et quelques opérations dans la région. Le 16 octobre 1952, le bataillon saute à Tu Lé, au Pays thaï pour recueillir la garnison de Nghia Lo ; là naîtra sa légende. Le 20, il reçoit de plein fouet l’attaque vietminh et combat onze heures avant de décrocher. Pendant soixante-quatre heures, au prix d’un effort physique exceptionnel, le bataillon réussit à semer l’ennemi après avoir fait environ 80 kilomètres sur un terrain variant de 600 à 1800 mètres et à atteindre la rivière Noire à Ta Bu, sauvant les garnisons de Gia Hoï, Tu Lé et Ban It Ong. Le 28 octobre à Hanoï, le 6 recevra sa troisième citation à l’ordre de l’armée et 381 citations individuelles mais aux prix de 91 des siens tués ou disparus sur 666 hommes engagés dans l’opération. La poursuite des combats et le brillant raid de Lang Son le 17 juillet 1953 lui vaudront une quatrième palme avant la défense héroïque et le sacrifice de Diên Biên Phu où il disparaît après y avoir sauté le 20 novembre 1953 pour prendre la position lors de l’opération Castor puis une deuxième fois le 16 mars 1954 pour renforcer la garnison assiégée.

Hanoï, stade Mangin le 5 août 1953 : le général Navarre décore d’une palme le fanion du 6e BPC tenu par le chef de bataillon Bigeard.

 
Le 1er août 1955, le 6e Régiment de parachutistes coloniaux est formé à Marrakech à partir du 2e BPC renforcé d’éléments du 6e Régiment de tirailleurs sénégalais. Jusqu’en juillet 1957, le troisième 6 participe aux opérations du Maroc : embuscades, patrouilles, escortes, sauts à Khénifra et Foum el Hassan, Algérie. De juillet 1957 à juillet 1961, au sein de la 10e DP , le régiment, devenu 6e RPIMa le 1er décembre 1958, combat dans le Sud-Algérois, où Amirouche, le redoutable chef de la Wilaya 3, est tué dans la région de Blida en mars 1959, en Kabylie, où il saute sur la forêt de l’Akfadou, sur le barrage de la frontière tunisienne, dans le Nord-Constantinois, les Aurès, l’Ouarsenis, les monts du Hodna. Quittant Blida pour Philippeville en mai 1961, le 6 embarque pour Marseille le 6 juillet et se regroupe à Verdun le 22. Il y reste deux ans avant de s’installer à Mont-de-Marsan. De décembre 1963 à juin 1998, la caserne Bosquet sera le cœur du régiment dont les parachutistes appelés connaîtront l’entraînement au Frater, à Caylus, Mont-Louis, les sauts à Pau, Captieux, Sarron et les compagnies tournantes en Nouvelle-Calédonie, au Gabon et à la Réunion. Cet entrainement ne fut pas vain puisqu’en 1967, le 6 intervient en maintien de l’ordre à Djibouti puis, à partir de 1979, ses unités partent au Liban. En 1983, le régiment, renforcé des 1er et 9e RCP connaît le drame de Drakkar à Beyrouth et repart l’année suivante au complet à la FINUL où un dernier détachement sert enfin en 1994-95. De 1986 à 1988, le 6 effectue trois séjours en Nouvelle-Calédonie et en 1992 et 93, deux compagnies renforcent successivement le 8e RPIMa et le 1er RCP tandis qu’une section est détachée en Somalie. Lors de son dernier déploiement opérationnel en 1995-96, le 6 connaît à la fois la tension de la guerre de Bosnie et les rigueurs de l’hiver de Sarajevo.

Captieux, 2 octobre 1975, saut de la Saint-Michel.

 

OHP de la 3e compagnie en AFN.

Djibouti 1967, opération Poitou, de g à d : LCL de Haynin, chef du BOI, COL Le Guillou, chef de corps, x, LCL Ziegler, commandant en second.

 

Le 4 janvier 1997, enfin, le capitaine Devos et l’adjudant Giraldo tombaient à Bangui sous les tirs de mutins au sein du détachement d’assistance opérationnelle du 6e RPIMa. Ils sont les derniers vingt-quatre officiers, soixante-dix sous-officiers et quatre cent quatre-vingt un parachutistes sont morts pour la France sous son drapeau, français, engagés ou appelés volontaires, vietnamiens ou africains.

Bosquet, juillet 1980, le 6 rassemblé pour partir à la manœuvre franco-allemande Colibri

Beyrouth, 1982, convoi du 420e DSL et escorte du 6

 

SARAJEVO 1995 / 1996

Aujourd’hui, la recréation du 6e RPIMa au Centre de formation initiale des militaires du rang de la 11e brigade parachutiste semble se préciser. Ainsi, au sein d’un quatrième 6 forgé dans le creuset de Caylus, les engagés parachutistes de toutes armes seront les héritiers des SAS de la France Libre puis de tous ceux qui ont laissé la trace de leur pas sur les pistes d’Indochine, du Maroc, d’Algérie, de Djibouti, du Liban, Nouvelle-Calédonie, de Somalie, de Bosnie et de la République centrafricaine. Ils pourront en être fiers et devront faire leur la devise donnée au régiment par le colonel Béal : « Croire et Oser ».

Général (2S) Patrick Champenois
24e chef de corps du 6
 

défilé du 6, 14 juillet 1996


Abréviations :

Actualités

Les 70 ans du "6"

Le samedi 19 mai 2018, nous avons fêté les 70 ans de la création du 6ème R.P.I.Ma et malheureusement les 20 ans de sa dissolution et espérons que tel le phénix il va cette année renaître de ses cendres.

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Tempête sous un béret — au fait, de quelle couleur, le béret ?

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Saint-Michel 2018

Résumé de la Saint-Michel 2018, texte écrit par Jacques BOISSAVY, accompagné de quelques photos.

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